mardi 7 juillet 2026

Jean-Roger Caussimon - 33 trs Saravah (1972)

 






                
1A - 00:00 A la Seine 2A - 03:02 Chanson des comédiens 3A - 05:53 Les filles qui font pleurer 4A - 08:10 Sammy, le pianiste noir 5A - 10:51 Le voleur de Paris 1B - 14:17 C'était une nuit 2B - 16:49 Mon Sébasto 3B - 20:35 La java de la Varenne 4B - 23:14 Minuit, boulevard du crime 5B - 25:33 Cueille la fleur

À la Seine

Jean Dufy. Paris, la Seine et Notre-Dame

Voyant tes remous, tes ressacs
Tout au long du quai rectiligne
Un moment, je t'avais crue digne
De m'écouter vider mon sac

Tout comme on parle dans l'oreille
D'un chien, compagnon de malheur,
Quand on n'a pas assez d'oseille
Pour s'approprier la blondeur

Qui fait bien semblant de comprendre
Et vous vend un peu de douceur,
J'allais te confier mes alarmes,
Mes fatigues et mes regrets

C'est bête à dire, j'étais prêt
À te grossir de quelques larmes
Contenues depuis trop de jours
Et d'amertume bien salées

Mais ta flotte s'en est allée
Insensible, suivant son cours
Roulant au pied de l'escalier
Tant de mètres cubes à l'heure

Tu t'en fous qu'on vive ou qu'on meure
T'es plus bête qu'un sablier !

C'est normal, t'es un personnage,
Ta place est faite au grand soleil
Les hommes et toi, c'est tout pareil
Y a pas de pitié qui surnage
T'es vaseuse dans ton tréfonds !

Et je m'en vais, adieu la Seine !
Tu sais, avant que je revienne,
De l'eau coulera sous tes ponts !

A La Seine - Jean-Roger Caussimon


« Chanson des comédiens »

Les comédiens,
On dit souvent
"Ça vend du vent
À la sauvette"
Ils vont de scène en scène et partent en tournée
Et dès qu’ils sont vêtus
Des habits qu’on leur prête
Ils deviennent Jésus
Harpagon ou Hamlet

Les comédiens
Ne seraient rien
Sans les lumières
Et comme ils veulent plaire et veulent être aimés
Ils jouent, même en plein jour, comme disait Molière
"Devant que les chandelles aient été allumées"

Les comédiens
Disent les gens
C’est plus changeant
Que girouettes
Ils jouent avec le Mal, ils jouent avec le Bien
Ils versent de vrais pleurs
Ou font la pirouette
Ils ont de faux bonheurs
Ils ont de faux chagrins

Les comédiens
Quand le soir vient
Se reconnaissent
Ils savent qu’ils existent au creux de leur miroir
Lorsque le fond de teint leur rend une jeunesse
Qu’ils démaquilleront, vers minuit moins le quart

Les comédiens
Disent les gens
Ont bien souvent
Des amourettes
À force de jouer, ils se prennent au jeu
Sans être Roméo
On s’éprend de Juliette
Juste le temps qu’il faut
Pour en souffrir, un peu

Les comédiens
Quand l’âge vient
Quittent la scène
Et quand il leur advient de vivre de longs jours
Sur cour ou sur jardin, tous seuls, ils se souviennent

De ce fichu métier qu’ils ont aimé d’amour!

Les filles qui font pleurer

C'est l'histoire d'un gars qui allait
Qui allait souvent au cabaret
Qui tout au fond d' la nuit scintille
Il allait boire et s'enivrer
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !

Il y entra, un soir d'hiver
Il avait le cœur à l'envers
Au lieu de boire une camomille
Il but d' l'alcool dénaturé
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !

Au douzième coup de minuit
Il aperçut, tout près de lui
Assise dans l'ombre qui vacille
Une femme qu'il voulut aimer
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !

Il lui dit "J'ai tant de chagrin !
J'ai marché seul sur les chemins
Et ma pauvre âme est en guenilles
Emmène-moi et j'oublierai
Et j'oublierai les filles
Et j'oublierai les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, je les oublierai
Les filles qui font pleurer !"

Dès lors, ensemble ils sont restés
Tout un printemps, tout un été
Tout le temps que le soleil brille
Puis, sans raison, il l'a quittée
Pour retrouver les filles
Pour retrouver les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les retrouver
Les filles qui font pleurer !

Y a des hommes qui préfèrent ainsi
Et l'inquiétude et le souci
Ils aiment mieux ça qu' la vie d' famille
S'ils pleurent, c'est qu'ils l'ont bien cherché
Ils ont cherché les filles
Ils ont cherché les filles
Qui ne sont pas gentilles
Ils les ont bien cherchées
Les filles qui font pleurer !






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