vendredi 9 décembre 2022

Cora Vaucaire - La Complainte de la Butte

                          

"Enivrez-vous" de Baudelaire par Serge Reggiani

 

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.



                         

jeudi 8 décembre 2022

Jeanne Moreau _ "la mémoire qui flanche"

 

                  


J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Comme il était très musicien
Il jouait beaucoup des mains
Tout entre nous a commencé
Par un très long baiser
Sur la veine bleutée du poignet
Un long baiser sans fin.
J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Quel pouvait être son prénom
Et quel était son nom
Il s’appelait Je l’appelais
Comment l’appelait-ton?
Pourtant c’est fou ce que j’aimais
L’appeler par son nom.
J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
De quell’ couleur étaient ses yeux?
J’crois pas qu’ils étaient bleus.
Etaient-ils verts, étaient-ils gris?
Etaient-ils vert de gris?
Ou changeaient-ils tout l’temps d’couleur
Pour un non pour un oui?
J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Habitait-il ce vieil hôtel
Bourré de musiciens
Pendant qu’il me, pendant que je
Pendant qu’on f’sait la fête
Tous ces saxos, ces clarinettes
Qui me tournaient la tête.
J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Lequel de nous deux s’est lassé
De l’autre le premier?
Etait-ce moi? Etait-ce lui?
Etait-ce donc moi ou lui?
Tout c’que je sais c’est que depuis
Je n’sais plus qui je suis
J’ai la mémoire qui flanche
J’me souviens plus très bien
Voilà qu’après toutes ces nuits blanches
Il me reste plus rien
Rien qu’un p’tit air qu’il sifflotait
Chaque jour en se rasant
Pa pou di dou da di dou di
Pa pou di dou da di dou


"Monsieur le Président" : Gauvain Sers, carte blanche inédite