samedi 22 octobre 2016

LA BELLE CHANSON - Tu Seras Un Homme Mon Fils.- Bernard Lavilliers

LA BELLE CHANSON

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                          Tu Seras Un Homme Mon Fils.
                                                         Bernard Lavilliers

             

Illustration du poème de Rudyard Kipling "IF", écrit en 1901 pour son fils John, décédé en 1915 à 18 ans. 

Traduit de l'anglais par Paul Maurois et mis en musique par Bernard Lavilliers, ce poème reste un référence dans la "réflexion" de ce que tout homme "doit être"...


SI… TU SERAS UN HOMME, MON FILS

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie 
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, 
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties 
Sans un geste et sans un soupir ; 

Si tu peux être amant sans être fou d’amour, 
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre, 
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, 
Pourtant lutter et te défendre ; 

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles 
Travesties par des gueux pour exciter des sots, 
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles 
Sans mentir toi-même d’un mot ; 

Si tu peux rester digne en étant populaire, 
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, 
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère, 
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ; 

Si tu sais méditer, observer et connaître, 
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, 
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, 
Penser sans n’être qu’un penseur ; 

Si tu peux être dur sans jamais être en rage, 
Si tu peux être brave et jamais imprudent, 
Si tu sais être bon, si tu sais être sage, 
Sans être moral ni pédant ; 

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite 
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, 
Si tu peux conserver ton courage et ta tête 
Quand tous les autres les perdront, 

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire 
Seront à tout jamais tes esclaves soumis, 
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire 
Tu seras un homme, mon fils.

EN COMPLÉMENT :

LE POÈME ORIGINAL EN ANGLAIS

If you can keep your head when all about you 
Are losing theirs and blaming it on you, 
If you can trust yourself when all men doubt you. 
But make allowance for their doubting too; 
If you can wait and not be tired by waiting. 
Or being lied about, don’t deal in lies, 
Or being hated, don’t give way to hating, 
And yet don’t look too good, nor talk too wise: 

If you can dream —and not make dreams your master 
If you can think —and not make thoughts your aim 
If you can meet Triumph and Disaster 
And treat those two impostors just the same; 
If you can bear to hear the truth you’ve spoken 
Twisted by knaves to make a trap for fools. 
Or watch the things you gave your life to broken, 
And stoop and build’em up with worn-out tools: 

If you can make one heap of all your winnings 
And risk it on one turn of pitch-and-toss, 
And lose, and start again at your beginnings 
And never breathe a word about your loss; 
If you can force your heart and nerve and sinew 
To serve your turn long after they are gone, 
And so hold on when there is nothing in you 
Except the Will which says to them: “Hold on!” 

If you can talk with crowds and keep your virtue, 
Or walk with Kings —nor lose the common touch, 
If neither foes nor loving friends can hurt you, 
If all men count with you, but none too much; 
If you can fill the unforgiving minute, 
With sixty seconds’ worth of distance run. 
Yours is the Earth and everything that’s in it, 
And —which is more— you’ll be a Man, my son!

TRADUCTION PAR JULES CASTIER (1949)

Cette traduction s’approche du texte initial, sans être littérale puisqu’elle est en vers. À la différence de Jules Castier, André Maurois a réécrit et réinterprété le poème en fonction de la culture et de la sensibilité française, ce qui lui donne cet élan si particulier.
Si tu peux rester calme alors que, sur ta route, 
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ; 
Si tu gardes confiance alors que chacun doute, 
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi ; 
Si l’attente, pour toi, ne cause trop grand-peine : 
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens, 
Ou si, étant haï, tu ignores la haine, 
Sans avoir l’air trop bon, ni parler trop sagement ; 

Si tu rêves, — sans faire des rêves ton pilastre ; 
Si tu penses, — sans faire de penser toute leçon ; 
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre, 
Et traiter ces trompeurs de la même façon ; 
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes 
Tordues par les coquins pour mieux duper les sots, 
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes, 
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux ; 

Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes 
Et le risquer à pile ou face, — en un seul coup — 
Et perdre — et repartir comme à tes débuts mêmes, 
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout ; 
Si tu forces ton coeur, tes nerfs, et ton jarret 
À servir à tes fins malgré leur abandon, 
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l’arrêt, 
Hormis la Volonté qui ordonne : “Tiens bon !” 

Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre, 
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros ; 
Si l’ami ni l’ennemi ne peuvent te corrompre ; 
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop ; 
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable 
De soixante secondes de chemins accomplis, 
À toi sera la Terre et son bien délectable, 
Et, — bien mieux — tu seras un Homme, mon fils.

AUTRE TRADUCTION PAR GERMAINE BERNARD-CHERCHEVSKY (1942)

Cette traduction est la plus respectueuse du texte original, elle est en alexandrin sans rime, mais n’arrive pas à transcrire son entrain. Pourtant, le poème prend autant aux tripes l’Anglais lisant le poème original que le Français lisant la version d’André Maurois ; la traduction est un art bien difficile.
Si tu restes ton maître alors qu’autour de toi 
Nul n’est resté le sien, et que chacun t’accuse ; 
Si tu peux te fier à toi quand tous en doutent, 
En faisant cependant sa part juste à leur doute ; 
Si tu sais patienter sans lasser ta patience, 
Si, sachant qu’on te ment, tu sais ne pas mentir ; 
Ou, sachant qu’on te hait, tu sais ne pas haïr, 
Sans avoir l’air trop bon ou paraître trop sage ; 

Si tu aimes rêver sans t’asservir au rêve ; 
Si, aimant la pensée, tu n’en fais pas ton but, 
Si tu peux affronter, et triomphe, et désastre, 
Et traiter en égaux ces deux traîtres égaux ; 
Si tu peux endurer de voir la vérité 
Que tu as proclamée, masquée et déformée 
Par les plus bas valets en pièges pour les sots, 
Si voyant s’écrouler l’œuvre qui fut ta vie, 
Tu peux la rebâtir de tes outils usés ; 

Si tu peux rassembler tout ce que tu conquis 
Mettre ce tout en jeu sur un seul coup de dés, 
Perdre et recommencer du point d’où tu partis 
Sans jamais dire un mot de ce qui fut perdu ; 
Si tu peux obliger ton cœur, tes nerfs, ta moelle 
À te servir encore quand ils ont cessé d’être, 
Si tu restes debout quand tout s’écroule en toi 
Sauf une volonté qui sait survivre à tout ; 

Si t’adressant aux foules tu gardes ta vertu ; 
Si, fréquentant les Rois, tu sais rester toi-même, 
Si ton plus cher ami, si ton pire ennemi 
Sont tous deux impuissants à te blesser au cœur, 
Si tout homme avec toi compte sans trop compter ; 
Si tu sais mettre en la minute inexorable 
Exactement pesées les soixante secondes 
Alors la Terre est tienne et tout ce qu’elle porte 
Et mieux encore tu seras un homme mon fils !

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